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SAPHIL

Un homme âgé, assis dans un tram la nuit, le visage dans la main

Imaginez.
Imaginez qu'il existe un service de garde, un numéro vert pour le désarroi existentiel : le SAPHIL, Service d'Assistance PHILosophique, la ligne de nuit des métaphysiciens.

M., affalé dans son fauteuil chez lui, vient de raccrocher avec le SAPHIL. L'appel était bref, mais l'angoisse palpable : « Un passage… un passage de Foucault sur le pouvoir-savoir. Je ne comprends plus. Tout s'effondre. »

Dans notre société où l'urgence physique est sacrée, où le moindre symptôme justifie un appel de nuit, n'y a-t-il pas place pour l'urgence de l'âme ? Pour ces troubles ontologiques qui oppriment le cœur ?

La nuit. Le vent cingle les vitres du tram, étirant les néons de la ville en coulées irréelles. À l'intérieur, le mouvement perpétuel ne parvient pas à dissimuler la solitude. Assis et accoudé, déjà concentré, l'homme âgé est le Philosophe de garde. Ce n'est pas lui qui souffre, mais il porte déjà le poids d'une pensée étrangère qui vient de dérailler.

Le Philosophe de garde est en route, à travers la ville déjà endormie. Pas de trousse de premiers secours ni de stéthoscope dans sa sacoche, mais un calepin, un crayon et, surtout, une écoute dénuée de certitudes. Il est le maillon de cette chaîne improbable et vitale qu'est le service d'assistance philosophique 24/24.

Sa mission n'est pas de guérir, mais d'accompagner l'esprit là où il trébuche. Dans quelques minutes, il sera face à cette phrase de Foucault qui vient de paralyser M. dans la nuit. Il devra la décortiquer, dénouer le nœud du raisonnement, non pas par une réponse définitive, mais par un chemin de compréhension.

Probablement, il faudra attendre l'aube pour que ses mots éclairent et ouvrent une nouvelle perspective sur le texte, peut-être même sur la conscience. D'ailleurs, il avait fait sien l'adage de son ancien maître aveugle :

« Le rôle du Philosophe de garde n'est pas de donner le sens, mais de rappeler que le courage de douter est déjà, en soi, une victoire contre le vide. »

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fin

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